vendredi 1 décembre 2006

"Dichosa Habana", ou "Iyamba Bero": Son ou Rumba?

(de Guarachon, traduit par Patricio)
Les lecteurs de ce site sont sans doute familliers de la rumba connue sous le nom de "Guaguancó Callejero" ou "Dichosa Habana" d'Ignacio Piñeiro. Une des versions les plus remarquables est sans conteste la version chantée par Gregorio Hernández "El Goyo" dans Rapsodia Rumbera. (Cet album indispensable semble être épuisé, et avoir même disparu du catalogue en ligne de la société Egrem. (Quelqu'un connaît-il un autre site de vente en ligne le proposant encore?)
La version d'El Goyo a été enregistrée dans un contexte résolument moderne. Mais, comme on peut s'y attendre d'une chanson de Ignacio Piñeiro, "Dichosa Habana" a des racines très anciennes: elle a été enregistrée dans les années 1920 sous l'apellation "clave ñañiga". Un ami m'a récemment envoyé une version digitalisée d'un enregistrement issu d'un 78 tours, et il existe quelques curieuses différences entre les deux versions, que je me propose de souligner ici.

Je vous propose d'abord d'écouter la version d'El Goyo:


Les paroles supposées sont les suivantes:
O ño ño ño, o ño ño ño, o ño ño ño-o...

A wá fu mi Elese o iyesá
A wá fu mi Elese iyesá
Ago ago ago ago ago ago
Elegguá ago Lona
Ago ago ago
Elegguá ago Lona

Dichosa Habana que confunde a la gente
Son muchos los intendentes
que viven a la campana
El que menos tu piensas se juró Abakuá
El que está en la levita entona un guaguancó
Y llama(n) al Iyambá de los Enkomo sonoros
¡Como baila el Obonekue en harmonioso compás!

Je me suis toujours demandé ce qui a inspiré ces curieuses paroles dont voici une possible traduction:
Maudite Havane qui trompe les gens
Ils sont nombreux les intendants qui vivent au son de la cloche
Celui dont tu ne l'imaginerais même pas s'est initié Abakuá
Celui qui porte la jacquette entonne un guaguancó
Et appelle l'Iyamba avec les Enkomo sonores
Comment danse l'Obonékue d'un rythme si harmonieux!

(Iyamba = haut grade de la société abakuá, Enkomo = les trois petits tambours Abakuá: obíapá, biankomé et kuchi-yeremá)

Cette chanson avait déjà été enregistrée en 1952 dans le style big-band "à la cubaine", par Senén Suarez, avec à peu près les mêmes paroles.
J'ai eu également connaissance d'une version encore plus ancienne par le spécialiste de la société abakuá Ivor Miller. Dans son article "A Secret Society Goes Public: The Relationship Between Abakuá and Cuban Popular Culture" (African Studies Review, Vol.43, No.1, pp 161-188), Miller écrit:
"[Ignacio] Piñeiro n'a pas seulement réalisé des enregistrements commerciaux de chants Abakuá, mais a également composé des textes traitant d'un aspect peu connu de la confrérie: beaucoup de jeunes hommes de l'élite sociale sont devenus Abakuá à partir de 1860. (...) La chanson "Iyamba bero" de Piñeiro (ca.1925-28) fait référence aux politiciens locaux et aux businessmen qu'il a rencontrés en jouant dans leurs soirées privées."

Je vous propose maintenant d'écouter cette version par Juan de la Cruz Izanaga, Bienvenido León and Alberto Villalón (dont Cristóbal Díaz Ayala situe l'origine en octobre 1927).


Au-delà de l'évidente disparité mélodique entre les deux versions, les paroles de cette ancienne version y sont également différentes:
Dichosa Habana que confunde a la gente
El más malo es decente y vive a la campana
Él que menos Ud. piense es un puro Abakuá
Que suelta la levita y toca el bongó
Y llamando al Iyamba Beró entona sonoro
Como regio Abanékue un harmonioso compás.

Ma traduction à partie de celle de Miller (patricio):
Maudite Havane qui trompe les gens
Le pire des hommes y devient décent, et mène la belle vie
Celui que vous suspectez le moins est un pur Abakuá
Qui ôte sa jacquette pour jouer le bongó
Tout comme il a dirigé l'Abanékue de son rythme harmonieux

Ainsi la version récente du guaguancó de Goyo admet-elle l'idée des blancs, ou des membres de la haute société "portant le costume" intégrant les rituels afro-cubains, devenus non seulement abakuá, mais également rumberos. Les parties de l'introduction chantée par Goyo ("O ño ño ño" ou "A wá fú mi Elese o iyesá") figurent également dans la version de 1952. Pour moi (guarachon), ce fait soulève une évidence: ces parties sont la marque d'une précédente version plus-ou-moins "rumba" ajoutées au Son initial de Piñeiro (lui aussi grand rumbero). D'un autre côté, les différences mélodiques posent une d'autres questions: cette chanson est-elle une rumba à l'origine? Piñeiro l'a-t'il transformé en Son? Les cas de chansons de Piñeiro qui sont à la fois des rumbas et des sones sont nombreux (cf. "Bardo"). Un bref passage de cette même chanson figure également dans une columbia enregistrée dans les années 90 par le groupe folklorique Santiaguero Cutumba sur le cd "Real Rumba", constituant ainsi une des rares rumbas à être à la fois une columbia et un guaguancó. Il serait évidemment intéressant de questionner El Goyo pour savoir où il a appris cette chanson, et s'il peut nous éclairer sur ce point.

Esteban "Chachá" Vega Bacallao: Interview




Esteban Vega "Chachá" Bacallao
célèbre son 82e anniversaire. Il est né le 29 novembre 1925.Il est le plus vieil élève de Pablo Roche encore en vie, et un des membres-fondateurs des Muñequitos de Matanzas.
Voici un court extrait (malheureusement doublé avec des commentaires au lieu de sous-titres). L'extrait en question vient d'un très bon documentaire, "In Cuba They're Still Dancing" (titre français: "Viva la Rumba") réalisé par Barbara Orton.
Je sais que quelques-uns d'entre vous ont rencontré Chachá ou étudié avec lui. Vos commentaires sont donc les bienvenus. nous sommes interresés par vos propres expériences. Quelqu'un l'a-t'il recontré récemment? Nous espérons qu'il soit en bonne santé.

La Rumba 1ère partie (1/3)



(de Guarachon:) Voici le premier d'une série de 3 clips extraits d'un film cubain de 1978 appelé "La Rumba" réalisé par Oscar Valdés. Quelques-uns des extraits historiques mettent en scène Afro-cuba de Matanzas, Les Muñequitos et Carlos Embale. Dans la séquence sur les Muñequitos, Diosdado Rámos danse de manière incroyable, et, de gauche à droite, je peux identifier: Saldiguera, Jesús Alfonso au tres-dos, Goyito au tumbador, Florencio Calle à la maruga, Chachá Vega au quinto… mais je reste un peu perdu pour ce qui est d'identifier les chanteurs. Si quelqu'un peut apporter ici des précisions… J'aimerais également savoir qui est le groupe en photos à la fin.
Cliquez ici pour télécharger une version de bonne qualité de cette vidéo (88.6MB).

La Rumba 2e partie (2/3)



Second volet du film "La Rumba", suite à la première partie publiée le 1er décembre dernier.On y voit deux membres-fondateurs des Muñequitos de Matanzas: Esteban Lantri "Saldiguera" & Florencio Calle "Catalino", ainsi qu'un beau passage montrant la "Columbia de Puerto" de Cárdenas qui se produit sur des quais.
Voici le texte de l'interview de Saldiguera et Catalino:
SALDIGUERA: "Siempre yo lo he dicho y lo sigo diciendo: que por lo meno(s) el canto, cuando se va a cantar un guaguancó, la inspiración que se hace en el guaguancó se avecina mucho con el español. Hay una cosa que todo él que canta rumba tiene que saber, tiene que tener eso de Español. Porque cuando Ud. hace:
(diana: "Wa-rara..." etc.)
Esa cosa no, no es de Cuba, no... Esa cosa sale del curro, de todo esta gente que estaban de allí...del (cante) jondo, esas cosas salian de allí.
Ahora, hay personas que dicen que no, pero yo, que mas o menos, que soy hijo del español también, siempre yo oí esa cosa, y esa cosa es de mi padre, y mi abuelo, esa cosa, ellos siempre tenian esa aire, no sé si se me pegó a mi cuando chiquillo, y lo sigo haciendo.
Y todo él que canta siempre tiene muy "gmm", parecido siempre tirándo, siempre al Español esas cosas. El guaguancó se avecina mucho (al español)...
CATALINO: "...La Columbia se ha inventado en Matanzas precisamente, en la provincia, en esa parte de Sabanilla, que esa pertenece a un, allí… cabildo de Congos de allí: Cubila, el difunto Cubila, Daniel, tambien, precisamente, sí, y allí bajaron de Unión de Reyes, para Sabanilla, el difunto Francisco (Oviedo?, Violón?) Malanga, Celestino Domecq, Carburo, no le recuerdo el nombre de él, le decían Carburo, de Jovellanos (Benito? Brito?) Roncona, Andrea Baró, él que, este, ¡caramba!, que andaba (?) él por allá, por Colón... Victor la Feté(?), buen rumbero, Papa Montero..."


SALDIGUERA nous dit ici en somme que, même si certains ne sont pas d'accord avec cette idée, la "diana" vient du flamenco, du "cante jondo."
CATALINO, lui, nous raconte que la columbia est née dans la province de Matanzas, autour de Sabanilla, parle d'un certain cabildo congo et cite ceux qui sont venus de là-bas, des grands "columbianos"...

Cliquez ici pour télécharger la vidéo (87.6MB).

Muñequitos de Matanzas: Tels qu'ils sont…

(Guarachon, traduit par Patricio):
J'ai loué le film "Les Muñequitos de Matanzas live in L.A." Je n'avais jamais beaucoup entendu parler de ce film et maintenant je comprends pourquoi: quelle déception! Le groupe n'y est que l'ombre de lui-même. Le cd est également mal produit. Pourquoi ces choses ne peuvent-elles être gérées par des gens qui comprennent un tant soit peu la Rumba? Heureusement, j'avais également loué le film "Roots of Rythm", dont cet extrait d'une minute et quelques vaut mieux que tout le dvd "Live in L.A." à lui tout seul. J'aimerais qu'un jour ces documents inestimables refassent surface.



Télécharger ce clip sur rapidshare (31MB):

http://rapidshare.de/files/30529433/munecos.mp4

Carlos Embale "El Edén de Los Roncos"




Il s'agit d'un extrait d'un dvd du Septeto Nacional, sous le nom "Carlos Embale y Coro Folklórico". Amado Dedeu joue ici la clave. Cette rumba, composée par Ignacio Piñeiro, est généralement appelée "El Desengaño de los Roncos". Los Roncos étaient le coro de guaguancó dirigé par Piñeiro, qui a ensuite accompagné nombre d'enregistrments réalisés par Embale.


Télécharger le fichier mp4 de ce clip sur rapidshare. (23MB)

Alberto Romero Diaz (1948-2006): Ibaé




(filmé par Guarachon, Old Esquina Habanera, New Jersey)
Télécharger cette vidéo sur rapidshare.de.
Le Monde a perdu un grand rumbero le 10 août dernier. Il avait rejoint les Muñequitos de Matanzas en 1980. Sa contribution en tant que soliste était incommensurable. Il va leur manquer.
Écouter Alberto chantant "Óyelos de Nuevo" (extrait de la compil " "Real Rumba""). Il chante l'introduction et les "inspiraciones" dans l'estribillo.

Conjunto Foklórico Nacional: Pregones (1)



Voici une première présentation des "Pregones" des vendeurs de rue par le Conjunto Folklórico Nacional. Les pregones, à travers le Son, sont devenus un style musical populaire dans le Son-pregón, au moins depuis le fameux "El Manisero" écrit en 1929. Le chercheur portoricain Cristobal Diaz Ayala a publié un livre entier sur l'histoire des pregones dans la musique latino-américaine: "Si te quieres por el pico divertir".
Helio Orovio, dans son "Dictionnaire de la Musique Cubaine", écrit à l'article "el Pregón Cubano": "Sobre la estructura musical del pregón dice [Miguel] Barnet: Los pregones cubanos tienen dos caracteristicas principales. En primer lugar, el melisma, rasgo propio de los pregones de mangueros; estilo comparable con el cante jondo o cante flamenco, el uso del falsete y otros trucos de ejecución, gorjeos o jipíos. En segundo lugar, la apoyatura que se observa al final de los pregones de maniseros, tamaleros y otros vendedores; es como un cierre cortante del pregón en que se rompen la primeras sílabas de una palabra".
Ma traduction: "Sur la structure musicale des pregones, (Miguel) Barnett écrit que: Les pregones cubains possèdent deux caractéristiques principales. En premier lieu, le "mélisme" ("mélodie ou fragment de mélodie chantée sur une seule syllabe"; ndt), qui est le trait principal des pregones de mangüeros (vendeur de mangues), comparable au cante jondo ou au cante flamenco dans leur usage de la voix de fausset et d'autres éléments d'éxecution, comme les trilles ou ou les cris de lamentation. En second lieu, l'usage de l'appogiature qu'on peut observer à la fin des pregones de maniseros, tamaleros et autres vendeurs; Celle-ci constitue la conclusion tranchante du pregón dans laquelle on supprime les premières syllabes d'un mot".

Quelqu'un peut-il nous aider à identifier les pregoneros? Le premier pregonero (le frutero); le second, le mangüero, est El Goyo; le troisième (l'escobillero) nous est également inconnu; le quatrième, le yerbero est le légendaire akpwón Felipe Alfonso Pérez; la tamalera ne semble pas être Zenaida Armenteros, qui joue ce rôle dans le second extrait proposé plus loin.
Télécharger une version de meilleure qualité ici.