samedi 9 décembre 2006

Entretien avec Gregorio "El Goyo" Hernández

(Credits Photo: El Goyo avec Rumberos de Cuba, janvier 2004, invité pour un "Mayeya" en duo avec Juan de Dios Rámos. Dossier officiel de Rumberos de Cuba)

Toujours dans le but de commémorer les 70 ans d'El Goyo, nous publions, en tant que suite à l'article paru le 8 décembre dernier, un entretien avec le maître réalisé lors du Stage International de Tournai en août 2005, en Belgique. Goyo est l’habituel professeur de danse afro-cubaines de ce stage.
Il nous raconte ici comment la Rumba a cessé d’être uniquement un évenement musical spontané “de quartier” ou “de solar” avec l’apparition d’orchestres professionnels, de réelles “agrupaciones de rumba”, au début des années 1950.
Il explique l'importance du premier enregistrement commercial de rumba jamais paru, en 1956, “El Vive Bien” de Alberto Zayas y su Grupo Foklórico, qui contribua à la création de groupes tels Los Muñequitos de Matanzas.

P: Cher Gregorio, j’aimerais que tu me parles à nouveau des premiers groupes de Rumba, dont le premier était “Conjunto de Clave y Guaguancó”, m’as-tu dit…
G: Oui, Clave y Guaguancó fut le premier, après la disparition des coros de rumba.
P: Les coros de clave?
G: Les coros de clave, et ensuite les coros de guaguancó: El Paso Franco, los Rápidos Fiñes, los Roncos, ils étaient toute une série de groupes. Je ne me les rappelle pas tous.
P: Existaient-ils déjà au début du XXe siècle?
G: Oui. Et ensuite se forme le groupe de Clave y Guaguancó. La date que l’on connaît pour la naissance ce groupe, c’est le directeur de l’époque, Agustín Pina "Flor de Amor", qui la donne. dans une entrevue avec Amado Dedeu (actuel directeur): “Je ne me rappelle pas bien, mais je sais que c’était pendant le seconde guerre mondiale”, dit-il. Et de là, on en a déduit qu’il s’agissait de 1945. Pourtant il est clair que la guerre n’a pas duré qu’un an - quand était-ce exactement: au début, à la fin? Alors on a choisi un moyen terme et on a dit que c’était en 1945. Ensuite, en 1953 apparaît le Coro Foklórico Cubano, que fonde Odilio Urfé. Ils graveront un disque qui s’appelle “la Rumba y la Conga”, mais on dit que ce disque a été produit sur le label américain Gema, et qu’il n’a pas été distribué à Cuba, parce qu’ils n’avaient pas confiance en son éventuel succès dans l’île.


Apparaît ensuite Andrés Castillo, chef de production de la Panart (premier label cubain). Il a alors tous les pouvoirs, et il choisit d’enregistrer cette chanson: El Vive Bien. Et ça a été un succès incroyable. Mais à l’époque, ce n’était pas comme maintenant, où il faut, pour faire la promotion d’un disque, aller à la radio, à la télévision, non… Il fallait que le disque passe dans les victrolas (les juke-boxes). On entrait en studio et on en ressortait avec son disque en main. Il y a des disques qui étaient mauvais, certains étaient “montados” (“à l’envers”) dans la clave! Il te suffisait des réunir quelques amis, tu amenais un peu de rhum et le studio ne te faisait rien payer pour t’enregistrer!. Les enregistrements officiels, jusqu’à il y a peu, à Cuba, coûtaient dix pesos de l’heure. On enregistrait directement et tout le monde commença ainsi à faire son petit disque. Mais le seul qui ait eu du succès, c’est “El Vive Bien”, et grâce aux victrolas, ça a fait un boum retentissant, une folie! Toutes les victrolas avaient ce disque. Finalement, il est entré à la radio, puis à la télévision. Et c’est à partir de ce moment que se sont multipliés les groupes, comme Los Muñequitos…
P: Mais dans le disque d’Alberto Zayas il y avait des gens du Coro Foklórico Cubano, non?
G: Oui, c’était comme une espèce de scission dans le Coro Foklórico Cubano.
P: Maximino Duquesne était dans le Coro Folklórico…
G: Oui, Maximino est un vieux, un excellent rumbero. Tu sais qu’on l’appelle “El Moro Quinto”… Au début le CFC s’appelait “Lulú Yonkorí” et prit le nom de Coro Foklórico Cubano après l’enregistrement de leur disque. Tous ces groupes petit à petit vont être amenés à disparaître dans les années 1960, et n’enregistreront plus jamais rien. Même les Muñequitos ont disparu pendant un bon moment, à cette époque. Jusqu’à ce qu’ils réapparaissent dans les années 1970.


Tu n’as jamais entendu la rumba qui dit:
“De nuevo aquí tienen a Los Muñequi-itos” - écoute bien ce morceau. (ndt.: il s'agit de "Óyelo de Nuevo", dont les Muñequitos ont enregistré pas moins de 6 versions). Tu verras que tous ces gens ont disparu pendant les années 60. Fariñas (Pedro Celestino) était dans les Muñequitos avant qu’ils disparaissent, mais a dû laisser le groupe, parce qu’il n’y gagnait que 150 pesos par mois, alors il est venu à La Havane. Et comment faire pour survivre là-bas? Poutant Fariñas y avait un bon poste - il jouait le tres-dos. Chacho, un bon ami à moi lui aussi était dans les Muñequitos, et lui aussi a dû partir: il ne gagnait rien.
Tous ces groupes: Los Hijos Buenos, Los Distintos, Los Principales, Los Tercios Modernos, Los Parragueños... tous ont disparu. J’étais dans Los Tercios Modernos, avec Juan de Dios (Rámos) “El Colo”, Maximino Duquesne, et José Antonio. Et aussi avec Miguelito et Carlos Quinto qui vivent aujourd’hui à Chicago… nous nous sommes maintenus jusqu’en 1961. Il y avait aussi Zorrín qui n’est plus musicien professionnel maintenant, et Pipi qui est aux États-Unis, lui ausi.
P: Les Muñequitos, donc, ont disparu pendant un moment.
G: Et sont réapparus, d’où la rumba:
“De Nuevo aquí tienen a los Muñequi-itos
Ahora sí es verdad que desaparecieron, aquí están”.
Ce morceau appartient à l’Histoire. Les gens commencèrent à parler, à dire du mal du groupe entre eux, d’où l’estribillo.
“Un día yo salí de mi casa, de mi casa
Con la mente muy entretenida
Después yo fui sorprendido con cosas que aquí se dan.
De nuevo aquí tienen a Los Muñequitos.
Ahora sí es verdad que desaparecieron, aquí están.
Veni' para que aprecien su valer
No le temen a la calumnia
Ni les sorprenden la injuria, aquí están
Los Muñequitos en la calle, hablen habladores”.
“Un jour je suis sorti de ma maison, de ma maison
Avec à l'esprit des pensées joyeuses
Ensuite j’ai été supris par les choses qui se passent ici
À nouveau ici voici les Muñequitos
Oui, c’est vrai qu’ils avaient disparus, les voilà.
Venez pour aprécier vous-mêmes leur valeur
Ne craignez pas la calomnie
Ne soyez pas surpris par l’injure, les voilà
Les Muñequitos sont dans la rue, parlez, mauvaises langues”



VIDEO: Conjunto de Clave y Guaguancó: yambú con cajones,
TV Cubaine 1970's.


Dans le “Conjunto de Clave y Guaguancó” arriva ensuite comme directeur Amado Dedeu, qui changea la ligne directrice de ce groupe, qui avait été créé pour maintenir la tradition.
P: C’est-à-dire: Coros de clave avec Coros de Guaguancó.
G: Exactement. Ce groupe avait une ligne de conduite qui a ensuite disparu. Ils travaillaient avec des cajones, uniquement avec des cajones. Vêtus de blancs, avec des alpartagas (des espadrilles) blanches. J’ai un enregistrement de cette époque chez moi: il y avait là Agustín Gutiérrez (8), Miguel Ángel Aspirina, Chano, pas Chano Pozo, mais le Chano de Malanga.


P: À Matanzas, la même chose s’est-elle passée, la ville avait-elle également ses groupes?
G: Non. Los Muñequitos se forment à cause du succès de Lulú Yonkorí, et ensuite se crée Afrocuba de Matanzas. Et également “El Folkloyuma” à Santiago de Cuba.
P: Ainsi, El Folkloyuma est lui aussi ancien…
G: Oui. Mais tous ces groupes apparus après le succès de Lulú Yonkorí ont disparu, sauf Clave y Guaguancó et le Coro Folklórico Cubano qui se sont maintenus - avec difficulté -, parce qu’ils étaient devenus une partie du “patrimoine”. Pendant un moment l’état leur a garanti un salaire fixe, à ce titre.
Odilio Urfé, lui, commença à travailler pour la musique pour touristes fortunés de l’époque. Au cabaret “Sans-Souci”, au “Tropicana”. Il avait le pouvoir de s’insérer dans tous ces projets. Ils ont tourné avec la revue “Van Van Iroko” en 1956 au Tropicana, et en 1958 ils étaient au Sans-Souci. Il y avait là quantité de musiciens excellents, venus de la rue, qui sont passés par cette revue. C’était le meilleur projet, le seul où il y avait un peu d’argent.

(g à d:) Ignacio Piñeiro, Marina Sánchez,
Estela Rodríguez & Ana María García
après un concert du Coro Folklórico Cubano (1960's).

(De: Notes du cd: Coro Folklórico Cubano,
"...En Un Solar Habanero," EGREM CD 0424)


Comme Emiliano Sanchez, comme... la défunte Estela Rodríguez, Je ne me les rappelle pas tous, malheureusement. Les soeurs Romay, [Mercedes and Juanita], Marina [Sánchez] (1920-2002) jouait du saxophone avec Anacaona, mais elle les a quittées pour rejoindre le Coro Folkórico. Parce que Odilio Urfé, Monsieur Odilio Urfé avait toujours du travail pour elle, et qu'elle qu'elle pouvait gagner sa vie.

P: Y avait-il dans ces cabarets des musiciens qui sont devenus célèbres aux USA comme Julito Collazo, Mongo Santamaría ou Francisco Aguabella?
G: Il faut savoir que la rumba cubaine a été connue par les disques aux USA avant de l’être à Cuba. Tous ces gens qui sont partis travailler là-bas étaient célèbres à Cuba.
P: Mongo a gravé un premier disque de foklore aux États-Unis avec une seule rumba instrumentale. Il en a gravé un second en 1955, appelé “Changó” (Lp Tico 1149), ré-édité en 1978 sous le nom de “Afro-cuban Drums & Chants” (Lp Vaya 56), avec cette fois quatre rumbas. Après cela, il sort aux début des années 1960 un troisième album: “Bembé” (Lp Fantasy 8055), ré-édité en une compilation (avec un album de cha-cha-chá) sous le nom “Our Man in Havana”.


Dans ce dernier figurent cinq rumbas dont une que j’ai ici et qui dit:
“El agua limpia-limpia-limpia todo (bis)
El agua también limpia la lengua de la gente”

Tu ne connais pas ce morceau? Je l’ai ici (nous l’écoutons)…
G: Je ne connais pas ce disque. Je sais quel succès Mongo a eu là-bas, je l’ai connu quand il est venu à Cuba dans les années 1980. (il écoute encore)…
Note bien qu’ici ils chantent “a coro”. Tout est chanté à plusieurs voix: c’est là l’influence des coros de guaguancó!
P: Donc, après les années 1960 réapparaissent les groupes de rumba, et ils recommencent à enregistrer? Les Muñequitos ont reparu dans les années 1970…
G: Je ne me rappele plus la date exacte. Virulilla est retourné à son ancien métier de tôlier. Sont revenus Saldiguera et Goyito Seredonio, et Abogado, qui est resté directeur. Il était jeune au début des Muñequitos, et c’est lui qui avait eu l’idée de joindre au groupe un couple de danseurs, comme Odilio Urfé l’avait fait à La Havane.
P: Le groupe s’était formé en écoutant “El Vive Bien” d’Alberto Zayas.


G: C’est ce qui leur a donné l’idée de faire leur groupe. Il y avait Ernesto Torriente, Juan Bosco, Saldiguera (Esteban Lantrí), Virulilla (Hortensio Alfonso), Goyito Seredonio (Gregorio Diaz), Ángel Pelladito, “Chachá” (Esteban Vega)...
P: Florencio Calle?
G: Florencio Calle, c’était le directeur, “Catalino” l’appelait-on parfois, ils étaient huit en tout.
P: Et ils commencèrent à composer des rumbas…
G: Non!, les compositions étaient plus anciennes… On ne faisait pas à l’époque des compositions pour un disque. Tous ces gens, et Alberto Zayas le premier, allaient des les rumbas spontanées, tout ce passait là. C’est là que sont nées les rumbas, les textes des chansons.
P: La rumba était partout?
G: Spontanée, sans organisation réfléchie.
Untel de tel solar marchait dans la rue:
- “¿Qué bola? bonjour, quoi de neuf?”
- “Tu as entendue la dernière rumba de Tío Tom?”
- “Laquelle?”
- “Celle qui dit: los Cubanos son, etc…”,
et, en traversant la rue:
- “Regarde c’est pas ce type, là, qui jouait dans le güiro l’autre jour, eh, ça va?”
arrive un quatrième, il “attrappe” la clave et boum!, et peu après ils sortent les cajones et "la rumba está formada”. Et quelques jours plus tard on remet ça…
Il y avait beaucoup d’endroits où il y avait de la rumba tous les dimanches. Moi, j’allais à Arroyo Naranjo (arrondissement du sud de La Havane), je savais que tous les dimanches il y avait de la rumba dans la maison des Calderones. Je vivais dans le quartier de El Moro, de ce même arrondissement. Ou sinon j’allais au solar “El Marinero”.
P: Et le solar “La Cueva del Humo”?
G: La Cueva del Humo n’a jamais été un solar: c’était un des trois quartiers marginaux, avec Las Yaguas et Isla de Pinos, très pauvres. Les gens plantaient quatre bouts de bois dans le sol et ils se faisaient une maison avec du bois et des feuilles de palme. J’ai un film chez moi que je te montrerai, qui s’appelle "De cierta manera," (dir. Sara Gómez, 1974) dans lequel on voit bien le quartier comme il était à l’époque.
“De cierta manera”- c’est une expression populaire ancienne que l’on utilisait: “¿Qué bola, asere?”, “No, aquí, de cierta manera” (“d’une certaine manière”).
Il y avait aussi l’expression “No hay ma’ na’” (no hay nada mas) qui était très utilisée au début de la Révolution:
“Bueno, dame un trago, no hay má’ná”, “Vamo’ pa' la rumba, no hay má’ná” (“il n’y rien de mieux à faire”). Ainsi était le langage de la rue. À propos des femmes, par exemple, connais-tu cette rumba qui dit:
“Soy Cubano, quiero a Cuba
y te canto guaguancó, de la región matancera
La Habana la cabecera, como capitál bendita
En ella se encuentra todo, lo que ustedes necesitan”
Elle dit aussi:
“Un pollo zalamero, que alegra el corazón”
Qu’est-ce pour toi qu’un “pollo zalamero”? C’est ainsi qu’on parlait des femmes: “¡qué clase de pollo!”, et ensuite on a dit: “aleja”, et ensuite “jeba”, et maintenant ils disent “mango”: “¿viste el mango ese? - c’est l’argot populaire…
Oui, c’était ainsi dans les trois quartiers similaires: las Yaguas, la Cueva del Humo et Isla de Pinos, qui se situait précisément entre les rues Castiva Taller et Cristina. Las Yaguas était dans l’arrondissement de Luyanó. J’ai également vécu là…
P: Merci beaucoup, Goyo…
G: À ton service.

En prime: une vidéo mettant en scène le fils de Goyo, Reynaldo Hernández, et son père. Posté par "avkid" sur YouTube:

Los Ibeyi Junior sur You Tube (1)


"Posté" par "wuakeen".
Durée: 7.00
Peut-être la meilleure vidéo postée sur YouTube par wuakeen. (voir le 2e volet batá sur http://echuaye.blogspot.com).
Les enfants-prodiges musiciens ou danseurs sont légion à Cuba. On connaissait ceux qui se produisent avec Les Muñequitos de Matanzas ou avec Afrocuba de Matanzas. On connaissait mieux encore en France le célèbre Eric Michael Herrera Duarte "Lucumí" grâce au film de Tony Gatlif "Lucumí, l'enfant rumbero".
Les deux nouvelles stars en herbe du folklore havanais sont maintenant Didiel Acosta et Elisier Chapottín, mis ici en scène au Festival "Fiesta de Tambores". Ces deux enfants figurent sur l'album de Miguel "Puntilla" Ríos: "Oloyú Oba - Oñí Oñí", enregistré à Paris. Ils étaient tous deux également dans la comédie musicale de Jérôme Savary "Chano Pozo", qui n'a eu malheureusement que peu de retentissement en France.
Los Ibeyí est le groupe dirigé par Daniel Rodríguez, chanteur et joueur de tambour, qui figure également dans le cd de Miguel Puntilla, et que l'on voit ici jouer la clave.
L'attitude et la maîtrise de Didiel Acosta (quinto et chant) sont époustouflantes. Elisier Chapottín joue le tres-dos. Ils chantent à deux voies successivement "La Media Vuelta" et "El Cisne Blanco", deux boleros devenues des rumbas.

vendredi 8 décembre 2006

Ernest Gatel "El Gato Maravilloso"

(photo tirée du dossier officiel de Rumberos de Cuba)

Né le 16 septembre 1946, Rogelio Ernesto Gatel Cotó “El Gato maravilloso” vient d'avoir 60 ans. Son anniversaire de Saint aura lieu le 20 décembre 2006. Il est un des rares musiciens blancs à s’être imposé dans le monde de la rumba.
Né à Santos Suárez, La Havane, il est revenu vivre aujourd'hui dans ce même quartier. Sa modeste famille a très tôt déménagé à Regla, de l’autre côté de la baie. Regla (patrie du premier “plante” abakuá) et Guanabacoa ont toujours été considérés comme les quartiers les plus “africains” de La Havane. La famille d’Ernesto était la seule famille blanche du solar dans lequel ils vivaient, et Ernesto a d'emblée souffert du racisme des noirs envers les blancs. Jeune garçon, il commença la percussion, comme un passe-temps, sur une vieille tumbadora. Il rejoindra plus tard la comparsa “Los Guaracheros de Regla”. C'est alors qu'il décide d’étudier plus sérieusement, et qu'il apprend à jouer tous les styles folkloriques de La Havane (rumba, abakuá, arará, bembé, güiro…) à l’exception des tambours batá, qu’il n’étudie pas de façon appronfondie. Il a toujours considéré l’étude des batá comme un travail gigantesque (et c'est bien la réalité). Il joue parfois okónkolo sur scène ou ailleurs, quand il manque un percussionniste. Ses professeurs sont tous des percussionnistes célèbres, avec qui il travaillera ensuite comme chanteur: il cite Maximino Duquesne Martínez “El Moro Quinto”, Luis Chacón “Aspirina” Mendivel et “Pancho Kinto” Mora, entre autres.

(photo par Pascal Gouy "El Chévere" prise devant la maison d'Ernesto. De g à d debout: Yosvani Diaz, Ernesto, Lázaro Rizo, Aidita… Aux percussions de g à d: Marquito, Mario "Aspirina", Maximino Duquesne)

À l’âge de 42 ans, en 1988, Ernesto devient enfin percussionniste professionnel. En 1990 il intègre le plus ancien groupe de rumba de Cuba, Conjunto de Clave y Guaguancó, avec qui il va rester trois ans. Amado Dedeu, déjà directeur de CyG à cette époque, lui demande alors de chanter quelques rumbas, car il manquait au groupe un chanteur. À cette époque, les membres du Conjunto Clave y Guaguancó étaient:
-la défunte "Amelita Pedroso" (nièce de l’akpwón Lázaro Pedroso “Ogún Tola”), grande spécialiste du yoruba,
-“Lalí” González Brito, percussionniste (Ernesto et lui sont tous deux blancs, et portaient la barbe à cette époque),
-Pedro Lugo Martínez “El Nené”, incroyable chanteur à l’aise dans trois styles: Le Son, le Yoruba (Abbilona), et la Rumba (Rapsodia Rumbera).
-José (del) Pilar Suárez, chanteur et percussionniste, et
-Alejandro Publes, célèbre percussionniste qui a disparu en 1991.
Tous ensemble, ils ont enregistré en novembre 1990 le premier album de Conjunto de Clave y Guaguancó: “Songs & Dances” ou “Cantaremos y Bailaremos” (Xenophile GLCD 4023). Cet album est le premier disque de “guarapachangueo” jamais enregistré, après la révolution qu'a connue la rumba, générée par l'explosion de ce nouveau style dans les années 1980, inventé par “Los Chinitos” de San Miguel del Padrón. Los Chinitos créèrent le guarapachangueo dans les “Cajones al Muerto” (cérémonies spiritistes) avec seulement deux joueurs de cajón, ainsi que des nouvelles formes de cajones. Bien distribué, l’album “Songs & Dances” est maintenant connu dans le Monde entier. Le producteur cubain du disque, Rodolfó Chacón Tartabull, après de multiples projets couronnés de succès, deviendra directeur administratif de Rumberos de Cuba, le nouveau groupe-phare d’Ernesto.

En 1992 Ernesto entre dans le groupe de Aritides Sotó “Tatá Güines”, avec lequel il part en tournée au Japon, puis au Mexique, au Venezuela et en République Dominicaine. Dans ce groupe figuraient déjà Maximino Duquesne “El Moro Quinto” et Marcos Herminio Diaz Scull “Marquito”. Ces deux-là suivront Ernesto jusqu’à la création of Rumberos de Cuba, et à la mort de Marquito en 2005. Ils enregistrent en 1995 “Aniversario” (Egrem 0156), où figurent: Pedro Lugo Martínez “El Nené”; Lázaro Rizo Cuevas (un chanteur qui joue tous les “palitos” dans les meilleurs disques de rumba des années 1990 et 2000), et un Gregorio “El Goyo” Hernández au sommet de son art. Le producteur de ce disque est encore une fois Rodolfo Chacón.


En 1993 Ernesto chante dans “Rapsodia Rumbera” (Egrem 0121), peut-être le meilleur disque de rumba havanaise jamais enregistré. Sur la photo de la pochette on peut reconnaître de g à d et de h en b: Gregorio "El Goyo" Hernández, Ricardo Gómez Santa Cruz, Mario Dreke "Chavalonga", Amado Dedeu, (on distingue ensuite à peine Marquito et Maximino Duquesne), et un Ernesto Gatel barbu.
Marquito et Maximino jouent le tres-dos et le tumbador, et les meilleurs quinteros de La Havane viennent improviser sur ce tapis: Mario Jauregui “Aspirina” (4 morceaux), Tatá Güines (3 morceaux), Pancho Quinto (1 morceau), Amado Dedeu (1 morceau) et… Pedro Lugo “El Nené”! (1 morceau). La section vocale de Rapsodia Rumbera constitue un “All-stars” en elle-même: Miguel Ángel “Aspirina” Mesa Cruz (recordman de la columbia - 45 mns); Ernesto Gatel; Pedro Lugo “El Nené”; Juan de Dios Rámos “El Colo”; Ricardo Gómez “Santa Cruz”; Mario Dreke “Chavalonga”; Amado Dedeu, avec Gregorio Hernández “El Goyo” dans le rôle de directeur du coro. Ernesto y chante seulement le thème de “El Yerbero”, à deux voies avec "El Nené". Rapsodia Rumbera tournera en France, grâce à un projet mené de Nantes par Olivier “Doudou” Congar et Karim Ammour.


En 1997, Ernesto pris part au projet “Afrekete - Iyabakuá” (Pan Records CD2078) dont le directeur musical est Javier Cámpos Martínez “Javierito”, avec Pancho Kinto, José Pilar, Maximino Duquesne, le petit Eric Michael Herrera Duarte “Lucumí”, Lázaro Rizo et Marta Gallarraga (fille du célèbre akpwón Lázaro Gallarraga).
En 1998 El Gato entre au sein du groupe d’El Goyo, “Obá Ilú”, avec lequel il enregistre le LP “Santería” (Soul Jazz Records CD38), avec “Pedrito” Martínez Cámpos (rien à voir avec Javierito), Marta Galarraga, Maximino Duquesne, Lázaro Rizo, Ricardo Gómez “Santa Cruz”, Mario “Aspirina” Jauregui, et un des fils de Goyo: Lázaro Hernández Junco. À cette époque Ernesto rejoint également le Conjunto Folkórico Nacional comme chanteur soliste.
Cette même année il rejoint la formation de la saxophoniste (et flûtiste) canadienne Jane Bunnett “Spirits of Havana”, enregistrant avec elle trois albums et un dvd. Le premier cd sera “Chamalongo”,
le second: “Ritmo más Soul” (que je considère un des meilleurs albums de latin jazz de tous les temps), et le troisième: “Cuban Odissey” (2002). “Cuban Odissey” a été enregistré un peu partout à Cuba, avec des musiciens de chaque ville visitée par Jane Bunnett, tels que les Muñequitos de Matanzas, Grupo Vocal Decendann de Camagüey, Los Naranjos de Cienfuegos, etc… The dvd porte le même nom que le cd (“Cuban Odissey”) et contient le même programme. Il a été partiellement filmé dans la maison d’Ernesto à Santos Suárez, “frente al cine Mara”. Tous les rumberos de La Havane connaissent la bonne acoustique de la pièce principale de cette maison - c’est l’endroit où répètent Rumberos de Cuba.


Ernesto participe à un 8ème album en 2002. Il s’agit du projet dirigé par Orlando “Puntilla” Ríos - qu’Ernesto considère son père spirituel - appelé “Cuando los Espíritus Bailan Mambo”. Ce projet est lié à un film du même nom (voir http://www.whenthespiritsdancemambo.org/index.html). Ce double album comprend quatre groupes: “Los Egun Hablan”, “Conjunto de Clave y Guaguancó”, “Grupo Yoruba Andabó” et une charanga renommée qui joue ici dans le style dit “Violín a los Orichas”: La Orquesta Estrellas Cubanas.
Le groupe appelé “Los Egun Hablan” constitue le premier maillon discographique de ce qui deviendra ensuite “Rumberos de Cuba”. Dans le disque de Puntilla, et sous sa direction, Los Egun Hablan sont: Ernesto Gatel, Lázaro Rizo, Guillermo Escolástico “El Negro” Triana, Santiago Garzón Rill “Chaguito”, Luis Chacón “Aspirina”, “Aidita” Salina Sánchez - danseuse et choriste, “Lucumí”, Reynaldo Delgado Salerno “Flecha” (célèbre batalero et chanteur, jouant iyá dans toute la série de cds de Lázaro Ros “Oricha Ayé”, ayant ensuite émigré à Genève), et ceux qui deviendront la section de percussion de Rumberos de Cuba: les désormais inséparables Marquito Diaz (tumbador) et Maximino Duquesne (tres-dos ou quinto), plus Mario “Aspirina” Jauregui (quinto), et Yiovani Diaz (fils de Marquito), qui peut jouer aussi bien le tumbador que le tres-dos.
Le projet actuel d’Ernesto Gatell est son propre groupe, Rumberos de Cuba, dont Rodolfo Chacón est producteur. Ce groupe, sur lequel nous ferons prochaînement un long article, a enregistré à l’heure actuelle quatre cds. Le premier est paru chez Egrem. Il s’agit de “¿Donde Andabas Tú, Acerekó?”. Ils ont également produit un dvd, “Rumbón Tropical”, qui est en vente dans nos liens favoris. Trois autres albums sont pour l’instant inédités:
-un cd de trois titres avec Tatá Güines et José Luis Quintana “Changuito”,
-un cd en hommage à Tío Tom (dirigé à nouveau par Puntilla?), et
-un tout dernier album enregistré il y a peu avec la nouvelle formation du groupe (la mort de Marquito et le départ de Mario Aspirina ayant quelque peu bouleversé la section rythmique).



Ernesto (à gauche) à l'anniversaire d'Orlando Puntilla, La Havane 2004
(Photo Credit: Patricio)


Ernesto Gatell est également depuis 1999 professeur sur les stages organisés à Santos Suárez par Trempolino et Olivier “Doudou” Congar, de Nantes, et dont au moins deux ont un agrément AFDAS (musique yoruba et musique populaire), ce qui permet aux intermittents du spectacle de partir étudier à moindre frais. Il reste d’ailleurs quelques places sur les stages de 2007. Contactez Trempolino à Nantes au 02.40.46.66.55 qui vous aiguillera ensuite sur l’Afdas de Rennes. Pour monter un dossier il suffit de témoigner d’au minimum 48 attestations de Congés-Spectacles (ou du "guichet unique") sur deux ans (24 par an). Les frais du stage se montent en tout à environ 250 euros pour 12 jours de stage tout compris (voyage, hébergement, nourriture, cours). J’ai eu la chance de faire partie de deux de ces stages en musique yoruba, et je peux vous affirmer qu’ils comptent parmis mes meilleurs séjours à Cuba.